Hello ! Le forum ne peut plus envoyer de mails depuis quelques jours. Ceci signifie que, par exemple, la récupération de mot de passe ne fonctionne plus.

Nous sommes sur le coup et réglons le problème dès que possible (les fêtes, tout ça) !

Khin (29/12/2019)

Les intrépides aventures d'Oscar Escart

Où l'on laisse libre cours à sa plume mécanique.
Avatar de l’utilisateur
Sangili
Messages : 28
Inscription : 27 octobre 2011, 07:44
Contact :

Les intrépides aventures d'Oscar Escart

Message par Sangili » 30 octobre 2011, 19:55

[Bonjour, bonsoir ! Voici un petit feuilleton à suivre qui est un "spin-off" d'un projet de roman en cours d'écriture. Lorsque j'en ai un peu marre de travailler sur le projet, je me plonge dans des petites histoires composées de chapitres courts qui montrent la jeunesse d'un personnage principal ou l'histoire d'un personnage secondaire... Assez parlé, je vous laisse découvrir petit à petit mon univers. Des questions ? N'hésitez pas ! Je m'impose une longueur d'une page word par chapitre.]
Chapitre 1

La clochette du magasin tinta, annonçant l'entrée d'un client. Le gérant leva des yeux chargés d'espoir. Quand il vit le jeune adolescent il baissa la tête en soupirant. Encore lui. Il lui apportait certainement une babiole quelconque trouvée lors d'une excursion. Chaque semaine, il avait droit à sa visite. Chaque semaine depuis maintenant huit ans. Bien sûr qu'il l'aimait bien ce petit bonhomme qui avait oublié de grandir et qui à 14 ans ne dépassait pas la taille d'un enfant de 10 ans. Par contre, il n'avait pas oublié d'apprendre à parler. Il possédait une gouaille digne d'un politicien de la capitale. C'est pourquoi il l'engageait toujours pour la grande vente de printemps. Il savait vendre.

L'adolescent vint se placer devant le comptoir. Il posa avec une certaine fierté une petite bourse en cuir sur le bois poli par les nombreux clients. Le patron prit ses lunettes et les fixa au bout de son nez. Sans un mot, il accomplit le rituel institué tout au long de ces huit années. Avec délicatesse il dessangla la bourse en rabattant les pans sur le comptoir. Il arrêta son geste, les sourcils froncés. L'adolescent perçu le trouble de son vieil ami. Il leva la tête. Le marchand remontait lentement ses lunettes vers le haut de son nez. Il leva un doigt pour intimer le silence, s'empara de l'énorme recueil qui prenait la poussière à côté de la caisse enregistreuse et le feuilleta d'une main fébrile, les lèvres pincées. Son vis-à-vis sentait toute la tension du moment. Jamais il n'avait eu l'honneur que l'on aille chercher ses trouvailles dans l'Almanach des Vaporistes. Ses yeux d'un vert profond suivaient avec appréhension le doigt qui glissait sur les pages rugueuses et jaunies par les ans de la bible des érudits de la capitale. Le gérant arrêta son geste. Il tapota deux fois au milieu de la page. Avec beaucoup de révérence, il tourna l'almanach vers le garçon en lui montrant le dessin et le texte. Il ne savait pas lire. Par contre il reconnu aussitôt l'objet dessiné avec une grande minutie.

Le patron du surplus détacha une des enveloppes qui trônaient bien en évidence dans la vitrine normalement fermée à clé. Avec des pincettes il prit le petit rouage métallique et le laissa tomber au fond de l'enveloppe. Il prit la fiche à l'intérieur et la remplit avec une grande application. Le moment était solennel. Le garçon n'en revenait pas. Il connaissait la procédure, mais c'était la première fois qu'il la voyait à l'œuvre. Le patron posa un tampon d'encre devant l'adolescent qui y trempa son pouce. Il le posa sur le petit carré que lui indiquait son vieil ami.

-Tu dois écrire ton nom maintenant, mais comme tu ne sais ni lire ni écrire, on va utiliser le gramotranscripteur, murmura d'une voix empreinte de respect le patron.

Il revint de l'arrière boutique avec un chariot imposant. Sur le plateau à roulettes reposait une machine en cuivre et bois aussi curieuse que belle. Le gérant actionna quelques boutons et contacts et le petit bruit caractéristique d'un moteur à vapeur miniaturisé emplit le magasin. L'adolescent l'avait déjà vu fonctionner. La fiche fut placée sous la plume argentée, sur le côté gauche de la machine. Au signal du patron, l'adolescent prononça distinctement son identité :

-Oscar Escart.

La machine ronronna, une douce odeur d'huile parfumée à l'encre de chine s'échappait en de fines volutes de fumée blanche au-dessus de l'assemblage de métal, cuir et bois. La plume se mit à écrire lentement, traçant des légères arabesques noires. Le sceau officiel et inviolable du gramotranscripteur fut apposé sur la fiche.

-Voilà Oscar, on va envoyer l'enveloppe à l'Institut Vaporiste. Je peux d'ores et déjà te donner la somme que tu recevras. Je ne pense pas m'être trompé.

-J'ai trouvé quoi m'sieur Bilour ? Demanda Oscar en regardant encore une fois le dessin.

-Un rouage en titane, de plus de 600 ans... Certainement un rouage de grosse horloge. Pas une grande valeur, on en a plein les musées. Mais bon, le titane sera recyclé. Je sais qu'on ne demande jamais à un archéologue où est son filon – Oscar bomba le torse en entendant le titre – alors je te dis juste bravo ! Pour une fois que tu ne me ramènes pas du laiton ou du bois doré... Tiens, voilà, en billets l'équivalent d'une pièce en argent...

Oscar écarquilla les yeux. Une somme ! L'orphelin prit l'argent en tremblant. Avec ça, il avait de quoi s'acheter le matériel nécessaire pour sa prochaine expédition.
Avatar de l’utilisateur
Sangili
Messages : 28
Inscription : 27 octobre 2011, 07:44
Contact :

Re: Les intrépides aventures d'Oscar Escart

Message par Sangili » 06 novembre 2011, 14:18

Chapitre 2 :

La ville était en fête. Cinq ans seulement après sa création par un groupe de pionniers, l'Empire venait de lui accorder une charte de ville Impériale. L'improbable agencement de bicoques branlantes et de ruelles boueuses, noyé constamment sous un épais nuage de vapeur allait prendre son essor. Le charbon extrait des nouvelles mines alentours se révélait être d'une qualité exceptionnelle et rare. L'arrivée d'un couple de douaniers l'année précédente avait été un signe qui ne trompait pas. Les deux officiers avaient un enfant de 5 ans. La petite famille Escart fut reçue avec des honneurs dignes d'un prince. Un an plus tard, ils faisaient partis de la ville comme s'ils y étaient nés. En ce jour de fête, Oscar alors âgé de 6 ans passait l'examen médical obligatoire pour tous les enfants. L'examen dit du « métal ». Une longue série de tests qui pouvaient durer toute la journée.

De la fenêtre de l'hôpital flambant neuf situé en hauteur, loin de la vapeur nauséabonde de la ville, Oscar contemplait le lac. On attendait avec impatience l'arrivée du premier cargo en provenance de la Capitale. Ce n'était pas n'importe quel cargo. Il s'agissait du fleuron de la flotte, le tout dernier né des arsenaux de l'Empire. Avec ses révolutionnaires moteurs et chaudières à vapeurs miniaturisés il pouvait voler plus vite et plus longtemps mais surtout transporter une cargaison de charbon équivalente à une année de production. Il le vit de loin. D'abord simple point noir haut sur l'horizon il crut à une crotte de mouche sur le carreau. Puis, très vite le point se mit à grossir pour prendre forme peu à peu. On aurait dit une énorme baleine d'acier et de bois. Le métal étant rare et précieux seuls les fleurons de la flotte impériale pouvait se permettre une coque métallique comme celle-la. Oscar suivait la lente descente du mastodonte vers le ponton tout juste terminé.

Soudain, le flanc gauche du cargo de mit à gonfler. Le petit garçon ouvrir la bouche pour dire quelque chose quand l'explosion retentit. L'immense bâtiment, hors de contrôle s'écrasa sur le quai, poursuivant sa route destructrice, déchiquetant de la ville dans une explosion titanesque de vapeur, de métal en fusion, de bois et de terre. Derrière Oscar les médecins et infirmières le moment de stupeur passé se mirent aussitôt à suivre les ordres du médecin en chef, un vétéran de la dernière guerre. Le jeune garçon contemplait le cataclysme la bouche grande ouverte en un cri silencieux.

Les paupières de l'adolescent se soulevèrent lentement. Sa respiration courte trahissait l'angoisse qu'il ressentait. L'aube n'était pas encore là. Depuis quelques temps il revivait encore et encore la scène de la catastrophe au cours de laquelle ses parents trouvèrent la mort. Tout comme plus de 6000 personnes, soit plus de la moitié de la population de la modeste ville. Oscar devint après ce jour là un orphelin, parmi tant d'autres. La seule différence, c'est qu'il devait normalement être rapatrié vers la capitale, étant maintenant un pupille de l'Empire. Mais il savait ce que devenaient les orphelins des fonctionnaires de l'Etat. Des militaires. Il ne voulait pas. Il détestait les armes. Son père lui avait souvent raconté les horreurs du dernier conflit qui avait vu l'Empire écraser les Républiques Orientales. Ses parents rêvaient pour lui d'un destin plus calme, comme ingénieur vaporiste ou mieux, enseignant. Lui, un seul désir le rongeait : être l'incarnation du héros de papier de son enfance. Tel Marlson Prieur, il explorerait le monde à bord de son habitation volante... Alors Oscar, malgré tous les efforts des hommes de l'Empire pour le trouver, fut porté disparu. L'enfant apprit à se débrouiller seul. Il fouillait les alentours et ramenait de temps en temps assez de métal pour se payer une modeste chambre dans une vielle maison à l'écart de la ville, sur les hauteurs.

Oscar se leva. Il alluma une bougie et s'habilla en silence à sa lumière orangée. Dans un coin de la pièce trônait fièrement l'équipement acheté grâce à l'argent de sa dernière trouvaille. Avec ça, il pourrait explorer la chaîne de montagne qui bouchait l'horizon et qui grimpait très haut dans le ciel.

Il sangla les dernières lanières de cuirs de son manteau, passa son sac au dos, s'assura de n'avoir rien oublié, s'avança vers la table branlante et s'empara du panama blanc ayant depuis longtemps perdu sa forme originelle. Le jour de la catastrophe, son père, pour le convaincre d'aller passer la visite médicale, lui avait posé son propre chapeau du dimanche sur la tête : un magnifique panama d'un blanc immaculé. Il l'avait acheté au fameux tailleur Pana'ma, d'où son nom... Oscar le visa sur sa tête. Il souffla la bougie, sorti dans la nuit. La ville endormie s'étalait à ses pieds. Les étoiles se reflétaient sur la surface calme du lac. L'adolescent se tourna vers la montagne en souriant.
Avatar de l’utilisateur
DrSartre
Messages : 191
Inscription : 16 juin 2011, 15:37
Localisation : Au plus profond de vos livres.

Re: Les intrépides aventures d'Oscar Escart

Message par DrSartre » 30 novembre 2011, 19:32

Si les feuilletons télévisuels étaient aussi intéressants je regarderais plus souvent la T.V.
Du beau travail, j'aime beaucoup et j'en veux encore.
Dernière modification par Merle le 30 novembre 2011, 20:25, modifié 1 fois.
Raison : Orthographe
« Les mots boivent notre pensée avant que nous ayons eu le temps de la reconnaître.»
Jean-Paul Sartre
Répondre

Revenir à « Le Salon de Lecture »